Parmi les maladies des cœurs, il y a l’envie –al-haçad–. C’est le fait de détester qu’un musulman bénéficie d’un bienfait, ne pas le supporter et agir en suivant ce sentiment. Alors, mon frère musulman, fais attention : si tu vois que ton frère profite d’une grâce et que tu détestes qu’il l’ait reçue en trouvant cela insupportable dans ton cœur et en souhaitant qu’elle le quitte, et si tu décides dans ton cœur d’agir pour la faire disparaître, ou si tu dis ou fais quelque chose pour la faire disparaître, tu auras commis ainsi un péché.
Mes frères de foi, nous voyons de nos jours beaucoup de gens être atteints par cette maladie du cœur. Voilà que quelqu’un n’arrive pas à supporter le bienfait dont son frère bénéficie et déteste qu’il l’ait reçu ; il souhaite alors qu’il en soit privé et agit en conséquence pour l’en priver. Il se peut que cela l’amène à devenir injuste, à mentir, à ruser, à tout faire pour faire disparaître cette grâce que son frère a reçue. Mais toi, l’envieux, aimerais-tu qu’on te fasse la même chose ?!
Dieu a ordonné que l’on se préserve du mal des envieux quand ils envient, c'est-à-dire quand ils manifestent leur envie et agissent en conséquence ; c’est à ce moment-là que leur envie risque d’avoir un effet sur les autres. Mais s'il ne la manifeste pas, l’envieux seul en subira la nuisance, par sa contrariété du fait que cet autre a reçu ce bienfait.
Mon frère musulman, garde-toi de l’envie ! En effet, ce n’est qu’en raison de son envie, de sa jalousie, que l’un des fils de آدم 'Adam a assassiné son frère. Garde-toi de l’envie car certes, Dieu تبارك وتعالى est الرزّاق Ar-Razzaq, Celui Qui accorde la subsistance. Il a réparti la subsistance entre Ses esclaves. Il n’y a pas une âme qui consommera la subsistance de quelqu'un d'autre. Ce que Dieu a prédestiné a lieu et cela ne changera pas. C’est faire preuve d’une grande ignorance d’agir pour enlever un bienfait que ton frère a reçu pour en profiter toi-même. Car, s’il ne t'a pas été prédestiné, tu ne l’obtiendras jamais. À l’inverse, s’il t’a été prédestiné, nécessairement tu l’obtiendras. Alors, n’occupe pas ton cœur avec ça et sois satisfait de la part que Dieu t’a accordée, sinon tu iras à ta perte. Nous demandons à Dieu qu'Il nous protège.
Mes frères de foi, dans beaucoup de cas, la nuisance de l’envieux se retourne contre lui. Écoutez ce récit que le Hafidh Abou Nou^aym Al-'Asbahaniyy rapporte dans Al-Hilyah de Bakr Ibnou عبد الله ^Abdi l-Lah. Il a dit : « Dans le passé, un roi avait un huissier[1] qu’il gardait à ses côtés et consultait souvent. Cet huissier lui disait : ‟Ô roi, agis avec bienfaisance avec le bienfaisant et laisse de côté le malfaisant, tu seras préservé de sa malfaisance.” Il se trouva qu’un homme l’avait envié en raison de sa proximité avec le roi et l’a calomnié en disant au roi : ‟Cet huissier, c’est quelqu’un qui dit aux gens que tu as mauvaise haleine !” Alors, le roi lui dit : ‟Comment pourrais-je le savoir ?” L’homme lui dit : ‟Lorsqu’il viendra, rapproche-le de toi pour lui parler, il va tenir son nez avec sa main.”
Ensuite, ce calomniateur est parti voir l’huissier et l’a invité pour lui offrir une sauce dans laquelle il avait mis beaucoup d’ail. Le lendemain, l’huissier s’est rapproché du roi pour lui parler et c'est alors qu’il a mis sa main sur sa bouche. Sur ce, le roi lui ordonna de s’éloigner, et il demanda qu’on lui donne une plume et une feuille. Il écrivit une lettre qu’il scella et dit à l’huissier : ‟Va voir Untel !” Or la récompense du roi était –habituellement– de cent mille pièces.
L’huissier étant sorti, le calomniateur vint à sa rencontre en lui disant : ‟Qu’est-ce que c’est ?” Il lui répondit : ‟C’est le roi qui me l’a donnée." Alors, le calomniateur lui demanda s'il pouvait la lui donner, et l’huissier la lui remit.
Le calomniateur prit la lettre et se rendit chez Untel. Mais lorsqu’ils ouvrirent la lettre, ils appelèrent les égorgeurs. Sur ce, le calomniateur dit : ‟Craignez Dieu, c’est une erreur qui est tombée sur moi, vous n’avez qu’à demander au roi !” Ils lui répondirent : ‟On ne peut pas revenir au roi. Il est écrit dans la missive : "Quand le porteur de cet écrit arrivera, égorgez-le, dépecez-le et empaillez-le, puis envoyez-le-moi !" Alors, Ils l’égorgèrent, le dépecèrent ; et renvoyèrent sa dépouille chez le roi.
Lorsque le roi vit cela, il s’en étonna et dit à l’huissier : ‟Viens m’expliquer et dis-moi la vérité, quand tu t’es approché de moi pour me parler, pourquoi as-tu mis la main sur ton nez ?” L’huissier répondit au roi : ‟Cet homme m’avait invité à sa table en m’offrant une sauce dans laquelle il y avait mis beaucoup d’ail. Il m’en a fait à manger. Lorsque je me suis approché de vous, je ne voulais pas vous déranger avec l’odeur de l’ail ! ” Alors, le roi lui dit : ‟Reviens à ta place et continue à me dire ce que tu me disais !" Et le roi lui fit parvenir une grande somme d’argent. »
Ô Dieu, nous Te demandons de nous protéger.
[1] Le mot huissier est utilisé en tant que traduction du terme arabe حاجب (hajib ). Il s’agit d’une charge politique auprès de certains rois : le « hajib » agit comme chef du protocole et gestionnaire du palais.