Abstinence et le contentement de la subsistance

La louange est à Allah le Seigneur des mondes, que l’honneur et l’élévation en degrés soient accordés au Maître des messagers, au Dernier des prophètes, au Guide de ceux dont les visages et les membres seront auréolés de lumière, Mouhammad l’Envoyé aux êtres humains et au djinn ainsi qu’aux membres excellents de sa famille et à ses purs compagnons, à sa communauté de gens pieux et à ses épouses, les mères des croyants.
Parmi les premières personnes à entrer au Paradis, dans la communauté de Mouhammad et même avant toutes les communautés, ce sont les pauvres parmi les émigrants, c’est-à-dire les croyants qui faisaient partie des gens de La Mecque puis ont laissé leur patrie et ont émigré afin de soutenir le Messager de Allah salla l-Lahou ^alayhi wasallam à Médine. Ce sont ceux qui ont délaissé leur famille et leurs biens par désir et amour d’obéir à Allah et à Son Messager. Ceux d’entre eux qui étaient pauvres seront les premiers à entrer au Paradis, ils entreront au Paradis cinq cents ans avant les riches, c’est-à-dire en estimant cinq cents ans des années que l’on compte en jours de ce bas monde.
Parmi eux, il y avait les émigrants des gens de la Souffah, ceux qui se sont abrités dans la mosquée du Messager de Dieu car ils n’avaient à Médine aucune famille ni aucun bien. Chaque jour ils accomplissaient pour leur Seigneur des veillées de nuit en prières surérogatoires, malgré l’amertume des difficultés de la pauvreté qu’ils enduraient. Ils patientaient par recherche de la récompense de la part de Allah tabaraka wata^ala.
Les pauvres parmi les émigrants, ce sont ceux que les gens considéraient comme riches tellement ils s’abstenaient de demander aux autres. Allah tabaraka wata^ala a fait leur éloge dans le Qour’an honoré par Sa parole :
﴿ لِلْفُقَرَاءِ الَّذِينَ أُحْصِرُوا فِي سَبِيلِ اللَّهِ لَا يَسْتَطِيعُونَ ضَرْبًا فِي الْأَرْضِ يَحْسَبُهُمُ الْجَاهِلُ أَغْنِيَاءَ مِنَ التَّعَفُّفِ تَعْرِفُهُمْ بِسِيمَاهُمْ لَا يَسْأَلُونَ النَّاسَ إِلْحَافًا وَمَا تُنْفِقُوا مِنْ خَيْرٍ فَإِنَّ اللَّهَ بِهِ عَلِيمٌ ٢٧٣﴾
[sourat Al-Baqarah / 273] (lil-fouqara’i l-ladhina ‘ouhsirou fi sabili l-Lah la yastati^ouna darban fi l-‘ardi yahsabouhoumou l-jahilou ‘aghniya’a mina t-ta^affouf ta^rifouhoum biçimahoum la yas’alouna n-naça ‘ilhafa wama tounfiqou min khayrin fa’inna l-Laha bihi ^alim)
Le verset signifie que celui qui ne connait pas leur état en raison de leur abstinence et de leur évitement à se mettre en situation de mendicité et à demander aux autres, il va penser qu’ils ne sont pas dans le besoin, tant ils font preuve d’embellissement et d’abandon de la mendicité c’est-à-dire tant ils délaissent le recours à l’aide matérielle des gens.
Parmi ces pauvres qui s’abstenaient de demander aux autres, il y a Abou Hourayrah le compagnon du Messager de Allah salla l-Lahou ^alayhi wasallam qui s’évanouissait et tombait à terre tant les souffrances de la faim étaient intenses. Celui qui ne connaissait pas son état pouvait croire qu’il était en proie à une crise d’épilepsie. Il n’a pas eu recours à la consommation de l’argent interdit car Allah tabaraka wata^ala lui a accordé une telle certitude et une telle patience face à la faim que les difficultés et les épreuves ne l’ont pas fait dévier. Cependant, après le décès du Messager de Allah salla l-Lahou ^alayhi wasallam, Allah tabaraka wata^ala l’a pourvu d’une subsistance. Allah élargi ses moyens de subsistance grâce aux conquêtes que Allah a accordées aux musulmans, surtout à l’époque de ^Oumar et de ^Outhman Ibnou ^Affan.
Voyez Mous^ab Ibnou ^Oumayr, lorsqu’il était avec sa famille sur l’adoration d’autre que Dieu et la mécréance, il faisait partie des gens les plus aisés, il était issu d’une famille riche et fortunée, mais il avait abandonné cet argent par amour de l’obéissance à Allah et à Son Messager. Il a accepté la pauvreté, s’en est suffi et s’est consacré entièrement à l’obéissance à Allah ta^ala et à Son Messager. Il est mort sur cet état et on ne trouva pas de quoi suffire à son linceul, on ne trouva qu’un seul vêtement qui ne suffisait pas à couvrir en même temps sa tête et ses pieds ; si l’on couvrait sa tête avec, ses pieds apparaissaient et si l’on couvrait ses pieds, c’est sa tête qui apparaissait. Le Messager ^alayhi s-salatou was-salam a alors dit :
(( غَطُّوا رَأْسَهُ وَاجْعَلُوا عَلَى رِجَلَيْهِ إِذْخِرَا ))
(ghattou ra’sahou waj^alou ^ala rijlayhi ‘idhkhira) ce qui signifie : « Couvrez-lui la tête et mettez sur ses pieds du idhkhir », c’est une plante qui a une belle odeur proche de la citronnelle et qui est présente dans le Hijaz.
Cet homme s’était déchargé de tout pour se consacrer à l’obéissance à Allah tabaraka wata^ala. Il a délaissé les bienfaits du bas monde et a préféré l’au-delà. Allah ta^ala a fait que sa rétribution soit dans l’au-delà, le bien-être éternel et ininterrompu et les plus hauts degrés.
Ceux qui sont pauvres s’abstenant de la mendicité sont les premiers à être accueillis par le Paradis. Il est parvenu dans un long hadith rapporté par Mouslim que le Prophète salla l-Lahou ^alayhi wasallam a dit :
(( وأَهلُ الجَنَّةِ ثَلاثةٌ ذُو سُلْطانٍ مُقْسِطٌ مُتَصَدِّقٌ مُوَفَّقٌ ورَجُلٌ رَحيمٌ رَقيقُ القَلْبِ لِكُلِّ ذي قُرْبى ومُسْلِمٍ وعفيفٌ مُتَعَفِّفٌ ذو عِيالٍ ))
(wa’ahlou l-jannati thalathatoun dhou soultanin mouqçitoun moutasaddiqoun mouwaffaq warajouloun rahimoun raqiqou l-qalbi likoulli dhi qourba wamouslim wa^afifoun mouta^affifoun dhou ^iyal) ce qui signifie : « Les gens du Paradis sont de trois catégories : un homme de pouvoir équitable qui donne des aumônes et à qui Allah accorde la force de lui obéir, un homme miséricordieux qui a un cœur tendre envers tout proche parent et tout musulman, et quelqu’un de digne qui s’abstient de demander à autrui et qui a des gens à sa charge. »
C’est pour cela que chacun s’abstenait de demander à autrui la moindre chose. Le Prophète salla l-Lahou ^alayhi wasallam avait ordonné à ses compagnons de s’engager à lui obéir par le pacte. Ils lui avaient dit : « Sur quoi devons-nous faire le pacte avec toi ? » Il avait dit :
(( على أن تعبُدوا اللهَ ولا تُشرِكوا بهِ شَيئًا والصلواتِ الخمسِ وتُطِيعوا ولا تَسْألوا النَّاسَ شيئًا ))
(^ala ‘an ta^boudou l-Laha wala touchrikou bihi chay’a was-salawati l-khamsi watouti^ou wala tas’alou n-naça chay’a) ce qui signifie : « Que vous vous engagiez à adorer Allah sans rien Lui associer, à accomplir les cinq prières, à obéir et à ne rien demander aux gens. »
^Awf Ibnou Malik Al-‘Achja^iyy a dit : « J’ai vu l’un d’entre eux faisant partie de ce groupe, lorsque son fouet est tombé, il n’a pas demandé à quelqu’un de le lui passer. » Rapporté par Mouslim.
Vous qui êtes les étudiants et les bien-aimés de notre Chaykh, que Allah lui fasse miséricorde, sachez que celui qui ne sait pas se contenter de sa subsistance, dont l’âme ne se satisfait pas de ce que Allah lui a attribué comme subsistance, il reste dans le souci permanent de posséder des biens et de les accumuler, comme c’est le cas de beaucoup de riches qui, à chaque fois que leurs biens augmentent espèrent en avoir davantage.
Quant à ceux qui ont été submergés par le contentement et l’amour de l’au-delà, ceux-là, lorsqu’ils possèdent plus d’argent, leur âme n’est pas tranquille tant qu’ils ne l’ont pas dépensé dans des bons postes de dépense. Tel est le cas des saints dont les cœurs sont emplis de contentement et d’ascèse.
On rapporte de Bichr Al-Hafi qu’il avait été interrogé au sujet du contentement. Il avait répondu : « S’il n’y avait dans le contentement rien d’autre que de profiter de la gloire d’être pourvu, cela serait suffisant. »
Et rappelez-vous que le Prophète salla l-Lahou ^alayhi wasallam disait beaucoup :
(( اللهم إنِّي أعُوذُ بكَ منَ الهَمِّ والحَزَن والعَجْزِ والكَسَل والجُبْنِ والبُخْل وضَلَعِ الدَّيْنِ وغَلَبةِ الرِجالِ ))
[rapporté par Al-Boukhariyy] (Allahoumma ‘inni ‘a^oudhou bika mina l-hammi wal-hazan wal-^ajzi wal-kaçal wal-joubni wal-boukhl wadala^i d-dayni waqahri r-rijal) ce qui signifie : « Ô Allah je Te demande de me préserver des tourments et du chagrin, de l’impuissance et de la paresse, de la lâcheté et de l’avarice, du poids des dettes et de l’oppression des gens. »
Ô Allah nous T’avons invoqué alors exauce nos invocations, pardonne-nous ô Allah nos péchés et les dépassements de nos limites, ô Allah ne dévoile pas nos intimités et apaise nos craintes, suffis-nous ce qui nous importe et préserve-nous du mal que nous craignons.

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